La vapeur qui s’échappe des pulls sortis de l’armoire au printemps ne crée rien de nouveau. Elle réveille simplement ce que l’automne y avait déposé, mois après mois, dans le noir du meuble fermé. Ce que la laine a absorbé, ce sont des résidus de naphtalène ou de paradichlorobenzène, les deux substances qui composaient les boules antimites vendues pendant des décennies.
- Le naphtalène et le paradichlorobenzène se subliment directement du solide au gaz sans fondre.
- Ces composés adhèrent aux fibres de laine pendant tout le stockage hivernal, pas seulement à l’air du placard.
- La chaleur du printemps réactive cette sublimation, libérant une vapeur acre qui ressurgit du pull entreposé.
- Le paradichlorobenzène est interdit en France depuis février 2009 et le naphtalène depuis 2008.
Ce que la boule blanche libérait vraiment dans le noir de l’armoire
Le naphtalène est un hydrocarbure ou acène qui provient de combustions incomplètes, isolé pour la première fois en 1820. Sous sa forme cristallisée, le naphtalène est mieux connu sous le nom de naphtaline, cette boule blanche et brillante glissée entre les mailles. Il se disperse rapidement dans l’atmosphère du fait qu’il est soluble dans l’air, ce qui en faisait un répulsif redoutablement efficace en espace clos. Les boules blanches de naphtaline étaient utilisées depuis de nombreuses années pour éloigner les mites de nos placards et armoires, ou pour parfumer et protéger le linge.
Les boules vendues plus tard n’étaient plus au naphtalène mais au paradichlorobenzène, numéro CAS 106-46-7, une autre substance au comportement identique. Le langage courant a continué de dire « naphtaline » pour les deux, ce qui explique la confusion qui persiste encore dans beaucoup de foyers.
Le solide se change directement en gaz, sans jamais fondre.
Pourquoi la vapeur du printemps révèle ce que l’hiver a scellé
Ce gaz ne reste pas cantonné à l’air du placard. Il vise les larves de teigne des vêtements, qui digèrent la kératine des fibres animales, ce qui signifie que le composé devait pénétrer la fibre elle-même pour agir, pas seulement flotter autour. Le naphtalène ou le paradichlorobenzène adhère ainsi aux mailles de laine pendant toute la durée du stockage, bien après que l’odeur initiale semble s’être estompée.
L’odeur de « vieille armoire », que l’on croit être celle du bois ancien, est très souvent celle de résidus de naphtaline accumulés dans les fibres. La chaleur accélère justement la sublimation du produit, ce qui explique pourquoi il est déconseillé de le stocker dans un espace confiné ou proche d’une source de chaleur. Au printemps, quand l’air se réchauffe et que l’armoire se rouvre enfin, la vapeur qui monte du vêtement remet en mouvement les dernières traces solides restées prises dans la laine tout l’hiver. Le composé ne s’évapore pas d’un coup : il se redistribue à la surface des mailles, ce qui explique cette odeur âcre qui semble ressurgir au moment précis où l’on pensait le pull enfin neutre.
Écraser une boule ne fait qu’accélérer la sublimation, car écraser augmente la surface exposée.
Une interdiction actée depuis 2008, mais des stocks qui traînent encore
Le paradichlorobenzène est interdit comme antimite en France depuis le 21 février 2009, en application de l’arrêté du 21 août 2008 transposant la décision européenne 2007/565/CE. Le naphtalène, lui, n’a pas été approuvé comme substance active biocide et l’INRS écrit qu’il ne peut plus être utilisé depuis 2008, ce qui revient à interdire tout produit qui en contiendrait dans l’Union européenne. Les deux composés sont classés H351, susceptibles de provoquer le cancer, et H410, très toxiques pour les organismes aquatiques.
Le mouvement de retrait n’a pas été propre à l’Europe. Au Canada, Santé Canada a imposé dès mars 2012 de nouvelles exigences d’étiquetage et d’emballage pour les boules à mites contenant du naphtalène, laissant aux fabricants jusqu’au 30 septembre 2013 pour s’y conformer. Les nouvelles règles imposaient de réduire la dose d’application maximale, d’entreposer le produit hors de portée des enfants et des animaux, et de l’ouvrir uniquement dans un espace bien aéré. L’agence précisait aussi que l’utilisation de ces boules à l’extérieur des hab
Sources : friptadium.com | toutpratique.com