Le médecin n’a pas cherché à changer de sujet. Il a posé cette question parce que la toux sèche, la fièvre et les frissons qui suivent l’utilisation d’un spray imperméabilisant pour chaussures ressemblent à s’y méprendre à un syndrome grippal, alors qu’il s’agit en réalité d’une inflammation pulmonaire provoquée par l’inhalation de microgouttelettes chimiques. Ce phénomène porte un nom clinique précis : la pneumopathie chimique.
Le centre antipoison belge explique que lors de l’utilisation de ces sprays, de fines gouttelettes inhalées peuvent pénétrer profondément dans les poumons et provoquer une pneumopathie chimique. Le tableau clinique trompe presque tout le monde au premier abord.
- L’inhalation de microgouttelettes de sprays imperméabilisants provoque une inflammation pulmonaire appelée pneumopathie chimique.
- Les symptômes apparaissent plusieurs heures après l’utilisation et ressemblent à une grippe : toux, fièvre, frissons, douleurs musculaires.
- Utiliser le spray exclusivement à l’extérieur avec le vent dans le dos et laisser sécher 12 à 24 heures en aération complète élimine le risque.
Un rhume qui n’en est pas un
Ces sprays pour le cuir ou les textiles sont typiquement à base de résines fluorées et de solvants, deux composants qui, une fois vaporisés dans une pièce fermée, se comportent très différemment de ce qu’on imagine en lisant l’étiquette. Cela peut, au bout de quelques heures, provoquer des symptômes respiratoires sévères, ressemblant d’abord à ceux de la grippe : toux, fièvre, frissons, douleurs musculaires, avant que des difficultés respiratoires plus graves ne surviennent.
Le délai est justement ce qui piège la plupart des gens. On vaporise le produit le soir, on referme la boîte, on se couche tranquille.
Puis les symptômes arrivent, parfois seulement au réveil. Le lien entre le geste anodin de la veille et le malaise du matin ne saute pas aux yeux, ni pour le patient ni parfois pour le premier médecin consulté sans historique détaillé.
C’est justement cette question, en apparence anodine, qui permet souvent d’établir le bon diagnostic en quelques secondes.
Ce que révèle l’épidémie suisse de 2002-2003
Ce n’est pas un cas isolé ni une réaction rare chez des personnes fragiles. Un changement dans la formulation chimique de sprays imperméabilisants a provoqué une petite épidémie de troubles respiratoires aigus en Suisse durant l’hiver 2002-2003, le Centre suisse d’information toxicologique ayant enregistré plus de 150 cas durant ces quelques mois, alors qu’en temps normal, on compte moins de 10 cas par année.
L’enquête menée a permis de remonter à la source du problème. Une enquête de l’Office fédéral de la santé publique a réussi à incriminer trois articles produits par le même fabricant et contenant tous la même résine, un changement de fabricant ayant entraîné une modification de la formule chimique des produits. Les autorités sanitaires n’ont pas pris la chose à la légère.
L’OFSP a fait classer tous les sprays imperméabilisants dans la classe de toxicité 5S, obligeant notamment les fabricants à imprimer davantage d’avertissements sur les emballages. Une revue de littérature publiée en 2018 par le comité de coordination français de toxicovigilance confirme que ce type d’incident n’est pas anecdotique à l’échelle internationale. D’assez nombreux cas sporadiques et quelques épidémies de syndromes respiratoires secondaires à l’inhalation d’aérosols hydrophobes, en particulier d’imperméabilisants, ont été rapportés au cours des dernières décennies, dans de nombreux pays différents.
Le mécanisme biologique en cause reste partiellement débattu chez les chercheurs. Leur analyse montre que l’inhalation de ces aérosols hydrophobes est principalement responsable d’une alvéolite, accompagnée d’une irritation des voies respiratoires généralement légère ou modérée, et d’une légère dépression du système nerveux central. Rassurant sur un point : la plupart des victimes de ces accidents se rétablissent complètement en quelques jours ou quelques semaines.
La bonne façon d’imperméabiliser ses chaussures
La faute ne vient presque jamais du produit lui-même utilisé correctement, mais de l’endroit et de la manière dont on l’applique. Un couloir fermé, une salle de bain sans fenêtre ouverte, une entrée exiguë : ce sont les pièges classiques.
Le conseil numéro un consiste à n’utiliser ces sprays qu’à l’extérieur, avec le vent dans le dos, ou si ce n’est pas possible, dans une pièce bien ventilée, en maintenant le spray aussi loin que possible du visage. Le second réflexe à adopter concerne la façon de pulvériser, pas seulement le lieu.
Il vaut mieux vaporiser par courtes séquences plutôt que tout en une fois, et s’éloigner des sources de chaleur, des enfants, des animaux domestiques ou de la nourriture pendant l’opération. Le temps de séchage compte tout autant que l’application elle-même. Les objets traités doivent sécher pendant 12 à 24 heures, dehors ou dans une pièce bien aérée, ce qui exclut de fait le rangement immédiat des chaussures dans un placard fermé juste après le traitement.
Une population reste particulièrement vulnérable face à ce type de produit. Les personnes asthmatiques et celles qui souffrent de problèmes respiratoires ne devraient pas utiliser ces sprays elles-mêmes, mais plutôt des mousses ou des produits liquides. Un simple changement de texture suffit parfois à éviter tout le problème.
Un artisan cordonnier lausannois interrogé sur le sujet propose une alternative radicalement différente. Il recommande d’appliquer régulièrement une crème nourrissante sur le cuir, car sans nutriments les fibres laissent pénétrer la salissure et l’eau, la touche imperméabilisante finale venant ensuite d’une couche de cirage à base de cire d’abeille. Aucune inhalation de solvant, aucun risque pulmonaire, juste un peu plus de temps consacré à l’entretien.
Reste un détail que peu de gens vérifient avant d’acheter : la composition change parfois d’une année sur l’autre sans que l’emballage ne le signale clairement, comme l’a montré l’épisode suisse où un simple changement de fournisseur de résine a suffi à déclencher une vague de plus de 150 intoxications en quelques mois.
Sources : sciencedirect.com | letemps.ch