J’ai repris la piscine à la rentrée avec mon maillot de l’été dernier : à la troisième longueur, j’ai compris pourquoi le maître-nageur évitait de me regarder

À la troisième longueur, mon maillot de l’été dernier avait rendu les armes : tissu détendu, échancrures qui bâillent, trame devenue trop fine pour un bassin public. Le maître-nageur, lui, a choisi la politesse. Je ne lui en veux pas.

Le coupable s’appelle l’élasthanne, et le chlore ne lui fait aucun cadeau.

À retenir
  • Le chlore oxyde l’élasthanne et le rend transparent après 50 à 80 heures de contact sans rinçage.
  • Les rayons UV accélèrent la dégradation de l’élasthanne 2,3 fois plus vite que le chlore seul.
  • Le polyester des maillots d’entraînement résiste beaucoup mieux au chlore que l’élasthanne classique.
  • Rincer à l’eau froide immédiatement après la baignade élimine le chlore actif du tissu.

Ce que l’eau de la piscine fait à la fibre

L’élasthanne donne au maillot son élasticité, mais c’est une matière fragile qui se dégrade au contact du chlore, du sable ou du sel. L’hypochlorite de sodium, le désinfectant des bassins, est un oxydant puissant qui attaque les liaisons polyuréthane de ces fibres. Les dégâts ne se voient pas à l’œil nu, et le maillot a l’air impeccable en sortant de l’eau. Un maillot de loisir type, à 80 % de polyamide et 20 % d’élasthanne, finit par se déformer et devenir transparent.

Le soleil aggrave les choses. Selon une étude du Hohenstein Institute souvent citée par les spécialistes du textile, l’élasthanne exposé au chlore puis aux UV se dégrade 2,3 fois plus vite que s’il n’est soumis qu’à un seul des deux facteurs. Un maillot qui sèche au bord du bassin cumule donc les deux.

D’après une estimation reprise par des professionnels de l’entretien textile, un maillot standard perd environ 50 % de son élasticité après 50 à 80 heures de contact avec l’eau chlorée sans rinçage. Sur un forum de nageurs, un témoignage évoque, à raison de deux entraînements par semaine, un maillot avec élasthane mort en moins de trois mois. Et une élasticité perdue ne revient pas au lavage suivant.

Le test de trente secondes avant de sortir de chez soi

Le test prend trente secondes. On étire le tissu devant une fenêtre : si la trame laisse passer le jour, si la ceinture ne revient plus en place ou si les jambes bâillent, le maillot a fini sa carrière en piscine (il peut encore servir à la plage, à condition de ne pas s’y baigner debout face au soleil).

Côté coupe, le short de plage reste refusé dans la quasi-totalité des piscines municipales en France. Souvent porté à l’extérieur, il peut contenir des saletés ou des fibres qui polluent l’eau. Au contact du chlore, ces matières organiques provoquent la formation de chloramines, néfastes pour la santé des baigneurs. Pour les hommes, seuls le shorty ou boxer de bain, le slip bandeau ou le slip de bain sont autorisés. Le règlement intérieur de l’établissement reste le dernier mot, affiché à l’entrée ou consultable sur le site web.

Le fameux slip de bain rouge n’a rien d’obligatoire en piscine publique.

Quel tissu choisir pour que le suivant dure

Les maillots dits d’entraînement résistent bien mieux au chlore et au sel que les modèles de loisir. Le polyester est la matière la plus adaptée à la piscine : il résiste au chlore, garde sa forme et dure plus longtemps. Un maillot d’entraînement doit être ajusté sans être trop serré, et une légère compression est normale car ce tissu est peu élastique.

Regardez l’étiquette avant de payer. Certains modèles misent sur un élasthanne renforcé, qui durerait jusqu’à dix fois plus longtemps qu’un élasthanne classique en piscine, un chiffre à prendre comme un ordre de grandeur plutôt qu’une promesse.

Le rinçage qui sauve le prochain maillot

Dès la sortie du bassin, on rince à l’eau claire, froide, sans lessive. L’objectif est d’évacuer le chlore actif encore présent dans le tissu, même si le maillot semble sec au toucher. La machine est à proscrire, et on ne tord pas le maillot pour l’essorer.

Le séchage compte autant que le rinçage. Sur un fil à linge, le poids de l’eau détend les fibres élastiques, alors mieux vaut étaler le maillot à plat sur une serviette, à l’ombre. Les rayons UV sont mortels pour l’élasticité du tricot. Le fer à repasser est banni, car la chaleur abîme les fibres élastiques. Un lavage à la main au savon doux, sans frotter, reste possible de temps en temps.

Même un élasthanne renforcé ne dispense pas du rinçage immédiat, qui vient en complément du tissu.

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