Vos mocassins ont pris une forme bizarre, le cuir marque des plis profonds au niveau du coup de pied et il refuse de s’assouplir même après plusieurs jours de repos ? Le problème ne vient presque jamais de la qualité du cuir lui-même. La cause la plus fréquente, largement documentée par les artisans cordonniers, c’est l’absence d’embauchoir glissé dans la chaussure après chaque port estival.
Le mécanisme est simple mais rarement expliqué clairement. Nos pieds transpirent au fil de la journée, jusqu’à l’équivalent d’une demi-tasse de sueur par jour en moyenne, et cette moiteur se loge dans la semelle intérieure et la doublure de nos chaussures. En juillet, avec la chaleur, cette production augmente nettement. Le cuir, matière poreuse et vivante, absorbe cette humidité comme une éponge. Et un cuir humide n’est pas un cuir stable : le cuir est déformable quand il est humide, on parle de cuir mis en humeur. Sans rien pour le maintenir pendant qu’il sèche, il se rétracte n’importe comment, en gardant la trace exacte des plis formés par la marche.
À retenir
- La transpiration estivale n’est pas le seul coupable des déformations du cuir
- L’embauchoir en plastique aggrave le problème plutôt que de le résoudre
- Une paire déjà endommagée peut partiellement se rétablir en quelques semaines
La transpiration, ce coupable invisible qu’on sous-estime
On imagine souvent que seule la pluie abîme le cuir. Or l’humidité intérieure fait des ravages tout aussi sérieux, et elle est permanente, contrairement à une averse. Cette matière vivante absorbe l’humidité et se dilate. En séchant mal ou trop lentement dans un espace clos, le cuir se déforme, gondole et perd sa rigidité naturelle. C’est exactement ce qui se produit quand une paire de mocassins finit rangée dans un placard fermé, juste après une journée de 30 degrés, sans qu’on ait pris la peine d’y glisser quoi que ce soit.
Le rangement dans l’obscurité aggrave encore la situation. En rangeant immédiatement votre paire dans l’obscurité d’un placard, vous offrez le gîte et le couvert aux bactéries et aux champignons. La chaleur résiduelle du pied combinée à l’humidité et au manque de lumière favorise une prolifération bactérienne rapide. Résultat : non seulement le cuir se raidit et se tord, mais il développe aussi ces odeurs tenaces qu’aucun spray ne parvient vraiment à masquer. La moisissure guette également : les taches vertes ou noires qui apparaissent parfois sur le cuir stocké humide ne sont rien d’autre qu’un champignon qui a trouvé des conditions idéales pour se développer.
L’embauchoir, l’outil qu’on néglige toujours en été
Beaucoup pensent que les embauchoirs ne servent qu’en hiver, contre la pluie et la neige. C’est une erreur de raisonnement complète. Leur rôle premier n’est pas de protéger du mauvais temps, c’est de gérer l’humidité, quelle que soit son origine. Idéalement, l’embauchoir doit être utilisé juste après avoir retiré la chaussure, lorsque le cuir est encore humide et chaud. Cela permet d’éviter les plis formés en marchant ou lorsque la chaussure n’est pas portée, ou au moins de les lisser. En clair : dix secondes après avoir enlevé ses mocassins, pas le lendemain matin.
Le choix du matériau change tout. Un embauchoir en plastique, souvent vendu à bas prix, ne remplit qu’une fonction esthétique de maintien, sans aucun bénéfice réel. L’embauchoir en bois est le mieux adapté car il absorbe l’humidité puis l’évacue dans l’air environnant. Les embauchoirs bon marché en plastique n’ont pas cette propriété d’évacuation de l’humidité et sont donc déconseillés. Ils peuvent au contraire confiner l’humidité au niveau du bout de la chaussure et être plus néfastes que bénéfiques. Le cèdre reste la référence des cordonniers, pour une raison précise : son bois aromatique est légèrement parfumé et antibactérien. En plus de sécher l’intérieur du soulier, il diffuse une odeur fraîche et aide à neutraliser les bactéries responsables des mauvaises odeurs.
Beaucoup essaient de bricoler avec du papier journal froissé, pensant que ça revient au même. C’est faux, et ça peut même empirer la déformation. Il n’est pas possible de remplacer un embauchoir par du papier journal ou encore des paires de chaussettes. Le papier journal, tout comme les chaussettes, ne fourniront pas du tout la même rigidité pour le cuir que du bois, de même pour l’absorption de l’humidité. La boule de papier prend une forme aléatoire et pousse le cuir n’importe où, plutôt que de respecter le galbe naturel de la chaussure.
Rattraper une paire déjà abîmée, et éviter la récidive
Si le mal est fait, tout n’est pas perdu, mais il faut être réaliste : un cirage, même appliqué avec soin, ne répare rien structurellement. Le cirage ne corrige pas les déformations. Une chaussure en cuir qui sèche sans embauchoir développe des plis de marche profonds que même un cirage soigné ne masquera pas. La seule vraie solution, c’est d’insérer un embauchoir en cèdre dès maintenant et de laisser le temps agir sur plusieurs semaines, en espérant que les plis les plus récents s’atténuent progressivement.
Pour la suite, trois réflexes suffisent à éviter de reproduire l’erreur. D’abord, glisser systématiquement l’embauchoir dès le retrait de la chaussure, pas le lendemain. Ensuite, alterner deux paires plutôt que porter la même tous les jours, ce qui laisse au cuir le temps de sécher complètement entre deux usages : alterner entre deux paires minimum réduit la fréquence de cirage nécessaire et prolonge la durée de vie de chaque soulier. Le cuir qui sèche correctement entre deux utilisations conserve sa structure plus longtemps. Enfin, ne jamais poser ses chaussures près d’une source de chaleur pour accélérer le séchage, un radiateur ou un rebord de fenêtre en plein soleil suffisent à durcir irréversiblement le cuir.
Un détail que peu de vendeurs mentionnent : la taille de l’embauchoir compte autant que sa matière. Prendre un modèle trop grand pour gagner en largeur est une fausse bonne idée qui abîme la chaussure au lieu de la préserver. La bonne règle est de choisir un embauchoir de la même pointure que votre chaussure. Inutile de prendre plus grand : cela pourrait déformer l’avant ou le contrefort. Si vous êtes entre deux tailles ou sur une demi-pointure, privilégiez la taille inférieure ; le ressort compensera. Un mocassin trop tendu par un embauchoir surdimensionné finira par se distendre exactement comme celui qu’on n’a jamais protégé.
Source : astucesdegrandmere.net