J’ai gardé mon costume sous la housse du pressing jusqu’au premier jour d’automne juste pour qu’il reste impeccable : ce n’est pas le tissu qui m’a irrité la nuque

La nuque qui gratte au bout de quelques heures avec un costume tout juste sorti de sa housse, ce n’est presque jamais la laine qui est en cause. Le vrai coupable se cache ailleurs : dans ce qui s’est passé sous le plastique pendant les mois où le vêtement patientait, ou dans un traitement chimique appliqué au tissu bien avant qu’il n’arrive dans votre penderie. Vouloir préserver son costume en le laissant scellé jusqu’au premier jour d’automne part d’une bonne intention. Le résultat peut pourtant être exactement l’inverse de ce qu’on cherchait.

À retenir

  • Le plastique du pressing emprisonne l’humidité : conditions idéales pour les moisissures et les irritants
  • Les traitements chimiques au formaldéhyde sont documentés en dermatologie comme cause d’allergie de contact
  • Une simple housse en coton suffit à protéger : pourquoi les spécialistes déconseillent le plastique étanche

Sous le plastique, l’humidité travaille contre vous

La housse de pressing donne une impression de protection totale. Elle isole de la poussière, ferme bien, semble sceller le vêtement dans un cocon propre. Mais ce plastique étanche a un défaut majeur : il emprisonne la moindre trace d’humidité encore présente dans les fibres après le nettoyage. Le plastique étanche emprisonne le peu d’humidité présente dans la fibre et la retient contre le tissu, ce qui crée exactement les conditions de la moisissure. Un costume qui a passé l’été entier sous sa housse, dans un dressing fermé, coche presque toutes les cases favorables à ce phénomène.

L’air ne circule tout simplement pas. Le plastique emprisonne la moindre trace d’humidité laissée après le lavage, ce qui crée un climat fermé propice aux moisissures et aux mauvaises odeurs, et l’air ne circule presque pas, les fibres restent humides plus longtemps et vieillissent plus vite. Or les moisissures ne se contentent pas de laisser des taches ou une odeur de renfermé. Certaines libèrent des composés qu’on respire et qu’on touche sans même s’en rendre compte. Certains champignons produisent des métabolites volatiles qui entraînent des odeurs désagréables, et les effets d’une exposition aux composés organiques volatils microbiens sur la santé sont encore mal connus, mais ces composés peuvent être à l’origine de problèmes de santé. Sur une peau sensible, au niveau du col qui frotte contre la nuque toute une journée, ce type d’exposition prolongée peut suffire à déclencher une irritation que l’on attribue par réflexe au tissu, alors que la laine elle-même n’a rien fait de mal.

Petit détail souvent ignoré : le plastique favorise aussi l’électricité statique. La matière plastique favorise l’électricité statique, qui attire la poussière et fait s’accrocher les mailles délicates, si bien que pulls en laine, robes en soie ou costumes finissent alors marqués, froissés, parfois même jaunis au niveau des plis. Un costume qu’on croyait protégé peut donc ressortir de sa housse chargé de poussière fine collée par statique, exactement au niveau du col où elle finira contre la peau.

L’autre piste, plus discrète : les apprêts anti-froissage

Il existe une deuxième explication, documentée cette fois en dermatologie, qui n’a rien à voir avec le stockage. Beaucoup de tissus, notamment ceux qui gardent bien leur forme et résistent au froissement, reçoivent en usine un traitement chimique à base de résines. C’est ce qu’on appelle le pressage permanent : les fibres thermoplastiques dans le vêtement sont fixées par un traitement final à la chaleur, ces fibres traitées thermiquement contribuant aussi à conférer la permanence à la forme du vêtement. Ces résines contiennent fréquemment du formaldéhyde, et pas en quantité anecdotique.

Chez certaines personnes, ce composé déclenche une véritable dermatite de contact. Quand une éruption suit la distribution des vêtements, elle peut être due à une allergie aux colorants ou aux résines de formaldéhyde utilisées dans la fabrication du vêtement, et la dermatite textile suit généralement un schéma qui correspond aux zones de contact les plus serrées. Le col d’un costume ou d’une chemise, en contact permanent avec la nuque et soumis à la transpiration et à la friction, coche exactement ce profil.

Ce phénomène n’est pas marginal chez les spécialistes qui l’étudient. Un nombre croissant de cas de dermatite de contact allergique liée aux résines de formaldéhyde utilisées pour les finitions textiles a été observé ces dernières années, et si cette allergie a longtemps été jugée plus fréquente chez les femmes, on la retrouve désormais presque autant chez les hommes. Le problème, c’est le diagnostic : beaucoup de ces cas sont de longue durée avant qu’un test épicutané ne soit demandé, un faible niveau de suspicion entraînant un diagnostic tardif, l’évitement étant ensuite difficile faute d’obligation d’étiquetage des finitions textiles. Concrètement, rien sur l’étiquette d’un costume n’indique la présence de cette résine. Impossible donc de savoir en magasin si le tissu en contient, et la housse de pressing n’y change strictement rien : le traitement était là avant même le premier nettoyage.

Ce qu’il faut réellement changer avant l’hiver

Garder un costume à l’abri n’est pas une mauvaise idée en soi. C’est le contenant qui pose problème. Une housse respirante, en coton léger ou en tissu non tissé, protège tout aussi bien de la poussière sans transformer le vêtement en petite serre. Une housse respirante, en coton ou en tissu non tissé, protège de la poussière tout en laissant l’air circuler. Les spécialistes de la conservation textile vont dans le même sens : ils recommandent des housses respirantes en coton clair pour stocker les vêtements, un ancien drap plat ou une housse de couette usée en fibres naturelles offrant exactement cette protection qui laisse respirer, sans plastique.

Retirer le plastique du pressing dès le retour à la maison, laisser le costume respirer une soirée avant de le suspendre pour de bon, voilà un réflexe qui coûte rien et change beaucoup. Si la nuque continue de gratter malgré tout, le repassage vapeur du col avant chaque nouvelle saison peut aider à limiter la présence des résines à la surface du tissu, sans pour autant l’éliminer totalement. Et si l’irritation persiste sur plusieurs portées, direction le dermatologue plutôt que le teinturier : un test épicutané permet d’identifier précisément la résine ou le colorant en cause, quelque chose qu’aucun essayage en magasin ne révélera jamais.

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